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  • Yassine Chekroun | Cyfor

Risque de blackout électrique cet hiver. Avez-vous correctement apprécié la situation ?


Vous avez probablement vu passer cette info : le réseau électrique français est particulièrement sous tension cette année. Il s’agit de l’un des multiples effets de la crise sanitaire et du confinement. Les maintenances des centrales nucléaires ont pris du retard en 2020 et 13 réacteurs devront être arrêtés fin février pour ce faire.


Un des scénarios majeurs qui taraudent les risk managers refait surface : le risque de blackout.

Comment aborder la question et faire la part des choses ? Cyfor vous propose une analyse rapide.




De quel risque opérationnel parle-t-on ?


RTE (Réseau de Transport d’Electricité) indique dans son communiqué du 19 novembre 2020 que cette situation peut provoquer des « difficultés d’approvisionnement » en janvier, février et mars 2021, notamment si les températures sont comprises entre 2 et 7 degrés en dessous des normales.

En effet, chaque degré de température en moins correspond à une hausse de consommation correspondant à la production de deux centrales nucléaires supplémentaires.

Les vagues de froids étant souvent liés à des situations anticycloniques, on peut aussi craindre une absence de vent empêchant les éoliennes de tourner. Rappelons qu’en France la production électrique est à 70% d’origine nucléaire, 11% du gaz et hydraulique, 10% de l’éolien, 6% du solaire, et le solde des bioénergies/fioul/charbon.


La disponibilité des moyens de production serait donc insuffisante, et ce même si la crise sanitaire a également entrainé une chute non négligeable de la consommation.

Notons que les régions Bretagne et PACA sont moins bien couvertes que le reste du territoire en termes de production et de réseau d’approvisionnement, et sont donc plus exposées si surviennent des problèmes de transit. Ce qui ne serait pas le cas en cas de problème de baisse de tension.


Pour éviter un blackout général, Le ministère de la transition écologique envisage plusieurs leviers (dans son communiqué du 2 décembre) :

  • encourager particuliers, collectivités et entreprises à baisser leur consommation. (Par exemple, si chaque français éteint une ampoule, on réalise une économie de consommation d’une ville comme celle de Toulouse). Les contrats de certains industriels gros consommateurs le prévoient.

  • exercer une baisse légère de tension sur le réseau de distribution sans conséquences réelles pour les utilisateurs (baisse de la puissance d’éclairage par exemple)

  • faire appel à nos partenaires (par exemple : centrales à charbon allemandes, ou la toute nouvelle liaison réalisée avec la Grande-Bretagne)

  • En dernier recours, procéder localement et ponctuellement à des coupures d’électricité. Les éventuelles coupures sont organisées afin de toucher le moins d’usagers possible. Elles ne concernent pas les installations dites prioritaires, listées par le préfet de chaque département : établissements de santé, installations de signalisation et d’éclairage indispensables à la sécurité publique, installations industrielles à risque.


En résumé, plus que le risque de blackout, il faut craindre des risques de coupures. D’autant que les incidents d’exploitation peu graves sur le réseau sont fréquents, ce qui constituera alors un facteur aggravant en cas de coupures liées au déséquilibre entre production et consommation. Par ailleurs l’impact de l’épidémie sur les personnels d’EDF et de RTE ne sont pas connus. Un manque de personnel est toujours possible.



Que pouvez vous faire à court terme ?


Si vous gérez les risques opérationnels d'une institution financière : quelques pistes de réflexions. Avant toute chose, précisez et déclinez les impacts potentiels du risque de coupure sur la situation spécifique de votre entreprise.

  • Combien de sites sont concernés et sur quels lieux ? pour mémoire le quart Nord Ouest et principalement la bretagne est plus fragile. Ne pas oublier de recenser vos principaux prestataires, ni les sites de secours prévus par les plans de continuité.

  • Quels équipements sont exposés ? portes d’accès aux lieux de travail, chauffage ,lumières, ascenseurs ? matériels informatiques ? télécommunications ? etc. Dans quelle mesure ces équipements sont indispensables aux activités ? dans quelles mesures existent-ils des alternatives (dispositifs manuels, escaliers, chauffage d'appoint au gaz ou au fioul, éclairage naturel suffisant, etc.) ?

  • Quels sont les risques de pertes de données, de retard de production, de réclamations clients, de perte de productivité, de rupture des communications, d’atteinte à l’intégrité physique des personnes, d'erreurs de traitement, de complexité dans la reprise des travaux interrompus.

Faites une revue de vos dispositifs préventifs et curatifs, en tenant compte du télétravail.

  • Interrogez votre fournisseur en énergie sur la possibilité de vous alerter dès lors que RTE prévoit une journée difficile. Ou, mieux encore, inscrivez-vous à www.monecowatt.fr pour recevoir directement l’information de RTE. Les alertes concernent les 3 prochains jours.

  • Surveillez les prévisions météo et les écarts prévisionnels de températures. En gardant à l'esprit qu'au delà de 5 à 6 jours, les modèles de prévisions sont beaucoup moins fiables.

  • Réduisez la consommation de vos locaux pendant les heures de pointe, c’est-à-dire entre 7h et 15h tous les jours. Informer et inciter de la même manière vos salariés en télétravail. Cela concerne la lumière, le chauffage et notamment :

  • La consommation informatique : paramétrage de la veille et de l’extinction des ordinateurs, utilisation raisonnée du courrier électronique (pièces jointes trop lourdes, nombre de destinataires, stockage et nettoyage des messages)

  • Pour réduire les risques de pertes données, donnez des instructions claires et précises sur les différents moyens de sauvegarder à intervalles fréquents le travail sur ordinateur. En local comme sur les serveurs.

  • en cas de télétravail étendu, établissez si possible une cartographie géographique de la dispersion de vos salariés. Pour mesurer la sensibilité au risque de coupures locales et évaluer les possibilités de délestage et de coopération.

  • Vérifiez que vos plans de continuité prévoient bien ce cas de figure, et ce pour tous vos locaux, avec une attention toute particulière pour celui hébergeant vos serveurs informatiques. Prévoir notamment leur équipement en groupes électrogènes et dont le fonctionnement est régulièrement vérifié.

  • Exigez de vos prestataires une communication sur les dispositifs prévus.

  • Vérifier la conformité de l’entreprise avec les règlementations encadrant la sécurité des installations électriques, ainsi que la consommation d’énergie.

  • Evaluez l’opportunité d’investir dans une alimentation solaire ou éolienne.


Naturellement, ces dispositions n’auront de sens que dans l’hypothèse de coupures électriques de courtes durées (1/2 journée au maximum). Elles n’exonèrent pas de l’étude d’un scénario de choc de type blackout, c’est-à-dire de plus longue durée et touchant un grand nombre de personne. En n'oubliant pas, pour l'année 2021, d'accroitre la sévérité de vos hypothèses pour tenir compte de la concomitance avec le coronavirus.



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